Article: János Ber et Hermès : Rosace, quand la peinture abstraite rencontre la soie
János Ber et Hermès : Rosace, quand la peinture abstraite rencontre la soie
Par Diane
Il y a des carrés Hermès que l’on admire pour leur virtuosité. Rosace, lui, saisit par la liberté de son geste.
Édité par Hermès pour la collection printemps-été 2018, ce carré transpose sur la soie l’univers du peintre János Ber. Des bandes de couleur rayonnent autour d’un centre presque fragile, tandis que le blanc circule entre elles comme une respiration. À plat, Rosace s’impose comme une peinture abstraite. Noué, il change de rythme et révèle des rencontres de couleurs toujours différentes.
L’arrivée d’un second exemplaire, dans un coloris jaune, noir et blanc, m’a donné envie de regarder au-delà du foulard, vers l’artiste, son rapport à Matisse et cette œuvre très cohérente où la ligne, la couleur, le vide et l’architecture ne cessent de dialoguer.
János Ber, une peinture du geste et de l’espace
Né à Budapest en 1937, János Ber s’installe à Paris et dans ses environs en 1957. Inscrit aux Beaux-Arts de Paris, il dira pourtant avoir commencé son véritable apprentissage au Louvre, face à Paolo Uccello. En 1959, sa rencontre avec Simon Hantaï et sa découverte de la peinture américaine, notamment Sam Francis, Mark Rothko et Jackson Pollock, ouvrent d’autres voies.
Un dialogue accompagne ensuite toute sa recherche, celui qu’il entretient avec les écrits et la peinture d’Henri Matisse. Il ne s’agit pas de reprendre un vocabulaire décoratif, mais de réfléchir à ce que la couleur peut faire à l’espace, à la manière dont une ligne devient présence, et à la place laissée au blanc.
La monographie Janos Ber. Faire face, publiée par Bernard Chauveau en 2010 à l’occasion d’une double rétrospective au musée Matisse du Cateau-Cambrésis et au Domaine de Kerguéhennec, insiste sur cette tension féconde. Formes découpées et assemblées, lignes tracées, repentirs, couleurs et blanc y construisent des figures vivantes, chargées d’émotion.

Du papier au carré Hermès Rosace
Dans le travail de János Ber, le geste n’est jamais un simple effet. Il organise la surface. L’artiste peint, découpe, assemble, sépare puis rapproche. Cette pratique aide à comprendre Rosace. Le dessin ne semble pas posé sur le carré comme un décor ajouté. Il conserve la logique même de sa peinture.
Sur le fond blanc, les traits colorés partent des bords et convergent vers le centre. Leur irrégularité garde la mémoire du pinceau. Rien n’est parfaitement géométrique, mais tout tient. Le mouvement rayonnant évoque bien une rosace, sans citation littérale de l’architecture gothique ni motif floral conventionnel.
À mes yeux, c’est précisément là que la rencontre avec Hermès est la plus juste. Le cadre du carré ne contraint pas la peinture. Il lui donne une nouvelle mesure. La composition reste ouverte, mobile, respirante, tout en trouvant sur le twill de soie une netteté et une lumière particulières.
Rosace, un carré Hermès de 2018 à part
Rosace de Janos Ber appartient à la collection Hermès printemps-été 2018. Le modèle est un carré 90 en twill de soie, fabriqué en France et fini par un roulotté réalisé à la main. La signature de l’artiste, la mention Hermès Paris et le copyright sont intégrés au dessin.
Son langage tranche avec les scènes narratives, équestres ou naturalistes qui ont façonné une partie de l’histoire du carré. Ici, pas de récit illustré à déchiffrer. Le sujet est la peinture elle-même, son énergie, ses intervalles, ses silences. Rosace montre à quel point le carré Hermès peut devenir un véritable territoire pour l’art contemporain.
Cette singularité ne le rend pas difficile à porter. Au contraire, la construction radiale distribue la couleur dans toutes les diagonales. Une fois plié, le blanc apaise l’ensemble et les bandes peintes composent de nouveaux accords. C’est un carré spectaculaire à plat, mais étonnamment naturel au cou.
Deux coloris, deux lectures du même geste
Les deux exemplaires réunis par Carré Society montrent combien un coloris peut transformer la perception d’un même dessin. La composition ne change pas, mais son rythme, sa lumière et sa présence se révèlent autrement.
Rosace polychrome : la couleur en mouvement
Dans la première version, les couleurs franches se répondent autour du centre et animent toute la surface. Le blanc les sépare sans les isoler. Cette polychromie accentue l’élan du pinceau et fait de chaque pliage une composition nouvelle.
Voir Rosace polychrome dans les archives Carré Society.
Rosace jaune, noir et blanc : l’économie du geste
Dans le second coloris, le jaune vif et les touches de noir se détachent sur un vaste fond blanc. Le contraste rend la cadence du pinceau plus lisible et donne au carré une force graphique presque calligraphique. Ici, le blanc n’est pas un simple fond. Il devient un espace actif qui laisse le geste respirer.
Découvrir Rosace jaune, noir et blanc actuellement chez Carré Society.
Une œuvre de collection, au-delà de l’effet de rareté
Pour une collectionneuse, l’intérêt de Rosace ne repose pas sur un seul critère. Il réunit un artiste identifié, une date d’édition précise, une signature visible et un vocabulaire immédiatement reconnaissable. Il occupe aussi une place singulière dans le parcours de János Ber, entre peinture sur papier, découpe, assemblage et interventions à l’échelle de l’architecture.
Aux Tanneries, centre d’art contemporain d’Amilly, son exposition Traverser de 2018 déployait de grandes toiles suspendues dans la Grande Halle. Le passage du format intime à l’espace architectural était au cœur du projet. Rosace procède du même désir de faire circuler le regard, cette fois dans les quatre-vingt-dix centimètres d’un carré de soie.
Comme toujours, je reste attentive à l’édition, au coloris, à l’état, au roulotté, aux signatures et à la provenance. Un carré de collection se choisit avec l’œil, mais aussi avec méthode. Sa valeur commence par la justesse du dessin et le plaisir durable qu’il procure.
Le regard de Diane
J’aime Rosace parce qu’il ne cherche jamais à séduire par l’accumulation. Quelques lignes, des couleurs franches, beaucoup de blanc, et pourtant le regard ne s’épuise pas. On sent la main avant de voir la technique. On perçoit le mouvement avant de comprendre la construction.
C’est aussi un carré qui résume ce que je cherche chez Carré Society : des pièces qui dépassent l’accessoire, qui portent la vision d’un artiste et qui trouvent naturellement leur place dans une collection. Rosace peut être porté, encadré, étudié. Dans chaque usage, il reste profondément vivant.
À lire aussi : Rêve Hypnotique de Miguel Chevalier, une autre rencontre entre art contemporain et soie Hermès.
Sources et repères
- Les Tanneries, Hommage, Les derniers pas de Janos Ber, avec les repères autobiographiques de l’artiste et la documentation de l’exposition Traverser.
- Bernard Chauveau Édition, Janos Ber. Faire face, monographie publiée en 2010, ISBN 9782915837681.
- Documentation de collection Hermès relative à Rosace, printemps-été 2018, complétée par l’examen des deux exemplaires Carré Society.
Carré Society est une maison indépendante spécialisée dans les carrés Hermès de seconde main et de collection. Elle n’est ni affiliée ni associée à Hermès International.





